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# Et si le site web devenait une expérience sur mesure ?
- URL: https://media.propositionmarketing.fr/et-si-le-site-web-devenait-une-experience-sur-mesure/
- Published: 2026-06-01T00:00:00.000Z
- Updated: 2026-09-01T08:11:49.000Z
- Description: Le prompt comme entrée du besoin et le site web comme réponse riche : une troisième forme du Web personnalisé.
- Author: Laurent Deséchalliers 
- Tags: Décryptage - VivaTech, #Import 2026-08-28 14:28

Sur le stand L’Oréal, à VivaTech 2026, une démonstration avait quelque chose de simple, presque évident. L’utilisateur remplissait un court prompt sur son téléphone. À partir de cette demande, le système générait un site web sur mesure : produit, vidéo de démonstration, conseils… Il ne faut pas en tirer trop vite une conclusion. On ne sait pas encore si ce type d’expérience deviendra un standard. On ne sait pas à quel rythme cela peut se diffuser, ni dans quels secteurs. Ce que l’on peut dire, plus modestement, c’est qu’un usage a été montré : exprimer un besoin, puis obtenir une expérience web adaptée. Et cette démonstration ouvre une question intéressante pour le marketing : et si le prompt ne remplaçait pas le site web, mais permettait au contraire de le réinventer ?

Depuis quelques mois, on oppose souvent deux mondes. D’un côté, le site web, avec ses pages, sa navigation, ses contenus, ses images, ses vidéos, ses produits, ses formulaires. De l’autre, le LLM, qui permet de poser une question et d’obtenir une réponse directe. Mais cette opposition est peut-être trop simple. Le futur ne sera peut-être pas le remplacement du site par le LLM. Il pourrait être leur réconciliation. Le prompt donne l’intention. Le site web donne la richesse.

**Le problème du Web actuel : il faut chercher**

Le Web a été construit sur une promesse formidable : tout est accessible. Mais cette promesse a un coût. Pour trouver une information, l’utilisateur doit souvent parcourir plusieurs pages, ouvrir plusieurs onglets, comparer plusieurs contenus, revenir en arrière, reformuler sa recherche, parfois abandonner. Sur un site corporate, il doit comprendre l’arborescence. Sur un site e-commerce, il doit naviguer entre catégories, filtres, fiches produits, contenus de conseil et avis. Sur un site B2B, il doit parfois traverser des pages pensées pour plusieurs secteurs, plusieurs tailles d’entreprise, plusieurs niveaux de maturité, avant de trouver ce qui le concerne vraiment.

Or l’utilisateur ne veut pas toujours “visiter un site”. Il veut résoudre un besoin. Il veut savoir quel produit lui correspond. Il veut comprendre si une solution répond à son cas. Il veut accéder au bon contenu, au bon conseil, à la bonne action. Ce mouvement se voit déjà dans la recherche. Les moteurs évoluent progressivement d’une logique de liens vers une logique de réponses. Ce n’est pas un hasard : l’utilisateur ne veut plus seulement une liste de pages à explorer. Il veut réduire la distance entre son besoin et la réponse utile.

**Le problème inverse : le LLM répond vite, mais appauvrit l’expérience**

Le LLM apporte une réponse à cette frustration. On pose une question, il répond. Plus besoin de parcourir dix pages pour recomposer soi-même une synthèse. Plus besoin de deviner où se trouve l’information. Le rapport à l’information devient plus direct. Mais ce gain a son revers. La réponse d’un grand modèle de langage, ou LLM, est souvent linéaire. Quelques paragraphes, parfois une liste, parfois un tableau. C’est efficace, mais c’est pauvre par rapport à ce que peut offrir une expérience web complète. Un site web n’est pas seulement du texte. Ce sont des parcours, des produits, des articles (conseils, preuves, histoires), des images et des vidéos.

Mais aussi, des façons différentes d’explorer un sujet, de se laisser convaincre, de revenir en arrière, de creuser… Le LLM réduit l’effort, mais il peut aussi réduire la richesse. Il donne une réponse, mais il retire souvent l’hypertexte, la mise en scène, les médias, la profondeur, la découverte. C’est là que l’idée du site web sur mesure devient intéressante. Elle ne consiste pas à choisir entre le LLM et le site. Elle consiste à se demander si l’on peut avoir le meilleur des deux.

**Le site web comme réponse riche**

Le prompt peut devenir l’entrée du besoin. L’utilisateur dit ce qu’il cherche, dans ses mots, avec son contexte, ses contraintes, sa langue, sa verticale (secteur d’activité), son niveau de détail attendu. Mais la réponse n’a pas besoin d’être un texte linéaire. Elle peut être une expérience web riche. Le site web devient alors la réponse riche. C’est la formule centrale. Au lieu de recevoir seulement quelques paragraphes, l’utilisateur reçoit des pages utiles, des contenus adaptés, des visuels, des vidéos, des recommandations, des produits, des conseils et des actions. Le prompt sert à exprimer l’intention ; le site sert à donner une forme riche à cette intention.

Ce n’est pas la même chose qu’un générateur de site classique, où l’on part d’un prompt pour créer un site depuis zéro. L’enjeu est différent. Il s’agit d’adapter une expérience à un besoin, au moment où ce besoin est exprimé. On peut imaginer un site de cosmétique où l’utilisateur décrit sa peau, ses contraintes, ses habitudes, ses attentes, puis reçoit un parcours adapté : produits, conseils, vidéos, routines, contenus pédagogiques, achat. On peut imaginer un site présentant un service B2B (par exemple un ERP, un logiciel de paie, un CRM…) où un visiteur indique son secteur d’activité, son contexte, son rôle, puis accède immédiatement aux pages, aux cas d’usage et aux preuves qui lui correspondent.

Le site ne serait plus seulement une destination fixe. Il deviendrait une réponse composée.

**Le site de base ne disparaît pas**

Cela ne veut pas dire que tout le monde devra prompter. Ce serait une erreur de remplacer une contrainte par une autre. Un site classique peut continuer d’exister : pages corporate, navigation complète, verticales (secteur d’activité), contenus institutionnels, moteur de recherche, catalogue, documentation. Certains utilisateurs voudront toujours explorer ainsi. Certains ne sauront pas formuler leur besoin. Certains préféreront cliquer, lire, comparer, se faire une idée progressivement. Le prompt peut être une couche supplémentaire. Une porte d’entrée pour ceux qui savent ce qu’ils veulent, ou qui veulent obtenir une version adaptée sans parcourir toute l’architecture.

On peut imaginer un site d’entreprise avec ses verticales classiques, mais aussi un champ ou un assistant qui permet de dire : “je suis une PME dans la pharmacie, je cherche à améliorer telle partie de mon activité, montrez-moi ce qui me concerne”. Le site de base reste disponible. Le sur-mesure devient une option. Cette nuance est importante. Le futur du site web sur mesure n’est pas forcément un monde où la navigation disparaît. C’est peut-être un monde où la navigation cesse d’être le seul point d’entrée.

**Pour le marketing, la segmentation change de nature**

Le marketing a toujours cherché à adresser le bon message au bon public. Mais dans la pratique, un site doit souvent faire cohabiter plusieurs publics dans une même architecture : prospects, clients, partenaires, petites entreprises, grands comptes, secteurs différents, niveaux d’expertise différents. La segmentation se traduit alors par des menus, des landing pages, des pages sectorielles, des filtres, des contenus par persona. C’est utile, mais cela reste largement préconstruit.

Le site web sur mesure pousse cette logique plus loin. Le visiteur pourrait choisir une verticale, cocher quelques critères, puis exprimer son besoin. Le site ne lui montrerait pas seulement “la page pharmacie” ou “la page retail”. Il pourrait lui proposer une expérience construite autour de ce qu’il cherche réellement. La promesse n’est pas seulement de personnaliser le message. Elle est de personnaliser l’expérience.

**Si le site devient sur mesure, le SaaS aussi**

La logique ne s’arrête pas au site web marketing. Un SaaS aussi sert un besoin utilisateur. Lui aussi peut imposer trop d’écrans, trop de verticales, trop de modules et trop de navigation. Dans un premier niveau, un SaaS pourrait simplement réordonner les pages, retirer des parties inutiles, mettre en avant les modules pertinents. C’est déjà utile. Beaucoup de logiciels exposent la même interface à des utilisateurs qui n’ont pas les mêmes besoins. Dans un niveau intermédiaire, le SaaS pourrait ajouter de petits éléments dans certaines pages, adapter certains écrans, recomposer des workflows selon le contexte. Et dans une version plus radicale, l’utilisateur exprime un besoin métier poussé, et le SaaS produit lui-même, via le LLM, le code nécessaire pour créer une extension ou une expérience utilisateur propre à ce client.

Ce point est important : l’utilisateur ne devient pas développeur. Il ne prend pas un éditeur de code pour programmer. Il formule son besoin. Le système peut ensuite mobiliser différents moyens pour y répondre : LLM, commandes, scripts, transformations de données, logique applicative. Côté utilisateur, l’interaction reste en langage naturel. En coulisses, le logiciel devient plus maléable. Avant, on séparait assez clairement le moteur, écrit en code source, et les données qu’il exploitait. Avec l’IA, cette séparation devient moins nette. La réponse peut demander du raisonnement, du calcul, une transformation de données, une adaptation de logique métier, parfois un bout de code. Donnée, LLM, commandes et code source commencent à se mélanger autour d’un objectif simple : répondre au besoin exprimé.

C’est là que le SaaS va plus loin que le site web. Un site sur mesure adapte surtout une expérience de lecture, de conseil, de navigation ou de conversion. Un SaaS sur mesure pourrait adapter le produit lui-même : l’ordre des pages, la composition des écrans, les workflows, voire certaines logiques applicatives. On retrouve ici une continuité avec les marketplaces, les plugins, les paramétrages et les développements spécifiques. Depuis longtemps, les clients, les intégrateurs, les partenaires ou les éditeurs ajoutent de la valeur au logiciel. La différence est que le prompt pourrait rendre cette co-création plus directe.

**Ce qui peut varier, ce qui doit rester fiable**

À ce stade, il faut rester prudent. On ne sait pas encore ce qui deviendra vraiment possible, utile, fiable ou économiquement soutenable. On ne sait pas non plus à quel rythme ces usages se développeront. Mais une question devient centrale : qu’est-ce qui doit rester stable quand l’expérience devient variable ? Peut-être que le design system, la navigation, le niveau de détail, la langue, l’ordre des pages ou certains parcours pourront varier beaucoup plus qu’aujourd’hui. Une personne avec une déficience visuelle, un utilisateur qui lit de droite à gauche, un client qui appartient à une verticale très spécifique, n’ont pas forcément besoin de la même interface.

En revanche, certaines choses devront probablement rester fiables : les données, les règles métier, la sécurité, la promesse de marque, la confiance, la conformité, la cohérence du service rendu. La question n’est donc pas seulement ce qui peut varier. C’est ce qui doit absolument rester fiable. Et sur ce point, il faut accepter de ne pas avoir encore toutes les réponses. Ce sont les usages, les échecs, les tests, les retours clients et les contraintes opérationnelles qui diront jusqu’où cette logique peut aller.

![](https://storage.ghost.io/c/41/41/41418fd9-555b-44d1-be99-81fa61b41026/content/images/2026/09/Proposition-Marketing-N--16-Juin-2026--2-.png)

![](https://storage.ghost.io/c/41/41/41418fd9-555b-44d1-be99-81fa61b41026/content/images/2026/09/Proposition-Marketing-N--16-Juin-2026--3-.png)

**Une troisième forme du Web**

Le futur du Web n’est peut-être pas le remplacement des sites par des LLM. Il pourrait être une troisième forme : une expérience web générée ou adaptée à partir d’un besoin exprimé. Le prompt donne l’intention. Le Web donne la richesse. C’est peut-être cela, le vrai sujet ouvert par ces démonstrations : non pas choisir entre la page et la réponse, mais inventer une forme capable de combiner les deux. Demain, votre site sera-t-il encore une destination fixe, ou une expérience capable de se recomposer autour de chaque client ?

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